Martin Bacot, alumni d'IFF Europe!

Elève du programme OPEN de l'IFF Europe il y a plus de vingt ans, Martin Bacot est aujourd'hui l'architecte en chef des monuments historiques. Il nous raconte son parcours et comment OPEN l'aide encore aujourd'hui dans ses responsabilités.


Vous avez rejoint le programme OPEN en 1999-2000. Pourquoi avez-vous adhéré? Qu'est-ce qui vous a amené à frapper à la porte de notre école?

Martin Bacot: J'ai connu l'école par l'intermédiaire de Pierre Carrigue, l'un des fondateurs du CIRFA (l'ancêtre d'IFF Europe, ndlr). J'étais en année préparatoire aux examens d'école d'ingénieur, une voie que je n'avais pas choisie et où j'étais épuisée pour réussir loin de mes motivations les plus profondes. Je suis venu à OPEN en sachant ce que je partais mais pas encore sûr de ce que j'allais faire. Je voulais être architecte ou musicien. Ma famille et mon environnement scolaire m'avaient poussé vers d'autres voies, et ces métiers me paraissaient risqués sur le plan matériel et personnel. En bref, il y avait beaucoup de résistance interne et externe à mon choix libre de mon chemin. L'année à OPEN a été une année de conquête de la liberté intérieure.

Cette année a donc été un véritable tremplin dans votre vie ...

Pour moi, c'est évident. L'année à OPEN m'a aidé à établir très profondément en moi le choix et le sens de mon engagement professionnel. Par tempérament, je ne cesse de remettre en question ce choix, mais ce premier ancrage demeure et fonde ma vocation chaque jour.

Cette vision traduisait une confiance, une liberté et une bienveillance extraordinaire.

Quel est votre meilleur souvenir de votre passage à l'IFF Europe? 

S'il y a une chose dont je me souviens plus qu'autre chose, c'est le premier jour du programme: un regard dans les yeux d'un élève de la classe précédente - qui est depuis devenu un ami - qui nous a raconté comment son année l'avait transformé . Ce regard véhiculait une confiance, une liberté et une gentillesse extraordinaires. J'ai pensé: si cette année nous fait sortir comme ça, il doit y avoir quelque chose qui se passe dans cette école!

OPEN m'a appris à essayer, sans être bloqué ni par l'obligation de réussir ni par la peur de ne pas réussir.

Qu’as-tu fait en sortant de l’IFF Europe ?

Après OPEN, j'ai suivi un programme de six ans à l'École d'architecture de Versailles, dont un programme Erasmus d'un an à Rome, qui a été l'année de fondation. Après mes études, j'ai travaillé dans une agence à Paris puis à Lyon. Là, tout s'est réuni: j'ai repris des études spécialisées en restauration du patrimoine à l'Ecole de Chaillot (2013-2015). C'était excitant. Un concours a ensuite été ouvert en 2015 pour recruter les architectes en chef des monuments historiques (ACMH), qui travaillent sur les monuments d'État: cathédrales et domaines nationaux. J'ai pris ce concours avec l'idée qu'il serait particulièrement formatif. De ce point de vue, l'année à OPEN m'a appris à essayer, sans être bloqué ni par l'obligation de réussir, ni par la peur de ne pas réussir. J'ai été acceptée puis associée aux fondateurs de l'agence Archipat où je travaillais, et avec qui une véritable communauté d'esprit s'était établie, pour pouvoir répondre à ces nouvelles responsabilités en s'appuyant sur une expérience collective, car on ne pratiquer seul.

Alors aujourd'hui, vous êtes l'architecte en chef des monuments historiques?

Oui, je suis actuellement nommé pour les départements du Jura, de la Côte d'Or, du Rhône ainsi que pour un monument parisien, l'abbaye du Val-de-Grâce, tout en continuant à travailler pour des maîtres d'ouvrage privés ou des collectivités

Notre société a besoin de projets et d'histoires collectives, concrètes et spirituelles.

Cela doit être passionnant!

Oui c'est le cas! Ce métier est tellement diversifié et riche qu'il me nourrit constamment. Nous travaillons avec une forte motivation: préserver et faire vivre notre patrimoine. Parce que c'est un héritage précieux, un lien avec notre passé et une trajectoire pour le futur, un champ où l'intelligence de la main rencontre celle de l'esprit, qui aussi nous relie collectivement et transcende nos petites vies. Notre société a besoin de projets et d'histoires collectives, concrètes et spirituelles.

Votre passage chez OPEN vous aide-t-il encore dans votre travail et vos responsabilités?

OPEN m'a offert une prodigieuse ouverture à travers les échanges et les savoirs transmis dans une grande variété de domaines, mais aussi à travers les rencontres avec des personnes d'horizons, de sensibilités et de talents très divers avec qui j'ai partagé cette année. Cette année m'a ouvert, m'a sorti de la vision forcément limitée et formatée que l'on hérite de son environnement d'origine. Aujourd'hui, mon métier d'architecte me fait travailler en permanence avec des personnes et des environnements très diversifiés, du leader politique au chercheur universitaire, en passant par le restaurateur d'art et le monde de la construction. 
Mon rôle d'architecte n'est pas seulement technique, il est aussi d'assurer le lien et le moteur d'un projet collectif, donc de pouvoir trouver un langage commun avec chacun.

Si vous êtes ancré en vous-même, la peur n'aura plus de prise et vous réaliserez ce que vous êtes appelé à réaliser.

Avez-vous des conseils pour les étudiants inscrits à IFF Europe cette année?

Ce ne sont pas des temps faciles pour les étudiants aujourd'hui. Je voudrais répéter l'un des mots les plus forts que j'ai entendu adressé aux jeunes: "N'ayez pas peur!" Vivez pleinement cette année! Peu importe si, à la fin d'une année comme celle-ci, toutes les questions n'ont pas été répondues. Il ne s'agit pas de réaliser une réorientation en un an pour bien paraître sur papier: il s'agit de retrouver l'orientation qui existe déjà en vous, et qui vous guidera tout au long de votre vie. Allez chercher votre base, votre moteur intérieur, ce qui vous anime profondément; si vous êtes fondé en vous-même, la peur n'aura plus de prise et vous réaliserez ce que vous êtes appelé à réaliser.